Faut-il encore prendre l’avion ?

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A l’heure où l’on se préoccupe (enfin) de l’avenir de notre planète, les moyens de transports sont considérés avec méfiance – et l’avion encore plus. Une nouvelle tendance commence à émerger, le flygskam – ou honte de prendre l’avion. Entre modernité et culpabilité, on choisit quoi ?

Les réseaux sociaux aident à construire sa légende personnelle, chacun y étale plus ou moins narcissiquement ses loisirs ou vacances. Ils sont aussi les vecteurs des haines les plus farouches. Exposés, nos modes de vie sont aussi scrutés et commentés. Là, un couple se trouve vilipendé pour avoir honteusement affiché les clichés macabres de ses safaris africains, ailleurs, se sont les voyageurs de tous bords qui font l’objet d’attaques et de critiques. Quand la planète se réchauffe, les esprits s’enflamment…

Le transport en avion en débat
Et si on devait aujourd’hui remettre en question l’un des moyens de locomotion le plus prisé – et le plus sûr : l’avion ? Le flygskam ou avion bashing (en langage vernaculaire : la honte de prendre l’avion) nous vient tout droit de Suède. Reconnaissons que nos voisins nordiques sont particulièrement sensibles au sort de la planète – et beaucoup plus citoyens que nous. On dit souvent que notre société se puritanise. En matière d’écologie, elle a même tendance à se scandinaviser nettement. Les Suédois n’hésitent donc plus à jeter l’opprobre désormais sur les voyageurs planétaires qui prennent l’avion – s’interdisant quant à eux de le faire le plus souvent possible. Chez eux, les vols intérieurs ont connu cette année une baisse de 6%, tendance qui devrait s’accentuer. Les partisans du flygskam jugent que la plupart du temps, l’avion est inutile, et s’il n’y a pas d’autres moyens (comme le train, par exemple), mieux vaut alors rester chez soi. Comprenez : avoir envie de voir les Maldives ou les Bahamas, ce sont des lubies d’enfants gâtés que la planète ne peut plus se permettre – sans compter les désastres du tourisme sur ces paysages paradisiaques et leur biodiversité.

La guerre du rail
On le sait, l’industrie du tourisme est devenue une économie de masse, et l’une des plus polluantes au monde. Elle produirait à elle seule 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre – un chiffre qui croît d’année en année. Dans ce panorama, le transport aérien n’est pas en reste puisqu’il repose exclusivement sur le kérosène (les avions électriques ne sont pas encore à l’ordre du jour), carburant fossile et polluant. Ainsi, un passager faisant un aller-retour Paris-New-York émet une tonne de CO²e, soit l’équivalent d’une année de chauffage de son domicile par un Français. Mais l’équivalent également de six allers-retours Paris-Marseille en avion. La question serait donc : faut-il aller à Marseille en avion – ou est-ce un luxe ?

L’icône teenager suédoise de la « grève climatique », Greta Thunberg, a récemment accepté une interview d’une journaliste de Libération, à condition que celle-ci vienne la rencontrer en se déplaçant uniquement en train. Un périple de vingt-quatre-heures, avec de nombreux changements. On se souvient qu’elle s’était rendue elle-même au forum économique mondial de Davos par le rail, en trente-deux heures. Une épreuve qu’on n’imagine pas s’imposer au quotidien. Mais c’est un constat : le transport en train émet 14 à 40 fois moins de CO² que l’avion.

Des choix qui impliquent
Alors, comment arbitrer ? Quels sacrifices sommes-nous prêts à faire ? Une partie de la réponse pourrait être : tout dépend du temps que l’on a, laquelle réponse est corrélée au but de votre déplacement – loisir ou travail ? Faudrait-il donc privilégier systématiquement le rail pour les trajets courts – et réserver l’avion pour les voyages lointains, les impératifs de déplacements des hommes d’affaire ou les vacances outre-mer ? Des voyages d’agrément qui sont aussi contestés et qui pourraient, à l’avenir, devenir exceptionnels. Certains murmurent que l’on pourrait décider que chaque citoyen du monde dispose d’un « droit » à un nombre limité de déplacements aériens long-courrier au cours de son existence. Une nouvelle manière de compter les points, qui fait une fois de plus penser à la visionnaire série « Black Mirror ». Et ne doutons pas que si c’était le cas, les plus riches rachèteraient le droit des plus pauvres, l’histoire se répète souvent…
Qui a le temps de mettre une semaine pour aller à New-York en cargo ? Qui a les moyens de le faire sur un somptueux Transatlantique ? Et dans le même temps, quel serait l’impact de ces restrictions sur les économies de certains pays visités, dont certaines ne reposent quasiment que sur le tourisme ? Doit-on s’attendre à une future vague de réfugiés climato-économiques ?

Le transport au cœur des sujets liés à l’écologie ? N’est-ce pas ce que sous-entend la nouvelle attribution du Ministère de la Transition écologique, qui échoit…à la Ministre des Transports ? Gageons qu’elle risque de se retrouver avec des intérêts contradictoires bien difficiles à arbitrer. On apprenait cette semaine que le train qui relie quotidiennement Perpignan à Rungis, pour alimenter en fruits et légumes le marché de gros de la capitale, pourrait s’arrêter, et être remplacé par… 20 000 camions lancés chaque année, tous pots d’échappement déchaînés sur nos routes françaises. La réalité confine parfois à l’absurde.

Mais, pour ce qui est de l’avion, chacun peut se faire son idée, et décider en son âme et conscience. Pour alimenter la réflexion, la Direction générale de l’aviation civile a mis en ligne un calculateur qui permet à chaque (futur) passager de mesurer son empreinte carbone, en fonction de sa destination. Il est également possible de voyager autrement. Entre plaisir et conscience, il faudra (bien) choisir.

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