L’humour peut-il nous sauver ?

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Dans une période aussi désespérante que celle que nous traversons, on voit pourtant fleurir nombre de montages photos ou dessins humoristiques ou encore de vidéos parodiques qui appuient sur les travers de notre monde, autant qu’ils nous font sourire. Au plus fort de la tempête, l’humour reste possible. Serait-il l’un de nos derniers bastions de résilience ?

Votre téléphone émet le bip d’une notification ? C’est votre meilleur(e) ami(e) qui vient de vous envoyer la caricature ou le dessin rigolo du jour. En ce moment, on en reçoit des dizaines, qui nous arrachent souvent un franc sourire, voire un petit rire nerveux. Que dire des interventions télévisées de nos dirigeants, qui sont presque immédiatement parodiées, dans des versions décalées plus vraies que nature ?  Pendant le confinement, des humoristes ont publié quasi quotidiennement des sketchs ridiculisant nos incohérences, comme ceux du très caustique Pierre-Emmanuel Barré, qui porte si bien son nom. Et la célèbre « Bamboche » de Thomas VDB fait désormais figure de classique !

En ce moment, la créativité s’exprime à tout va dans l’humour, notre exutoire incontournable.
L’humour ne consiste pas à se moquer, ni à minimiser la situation, ni même à en ridiculiser les effets. Lorsqu’il n’a pas vocation à blesser, l’humour présente au contraire des bénéfices quasi immédiats pour nos cerveaux épuisés. Il réjouit les cœurs tout comme il réchauffe les corps.
De tous temps, l’humour a servi de révélateur des incongruités des puissants, à travers les caricatures notamment, dont le trait exagéré appuie toujours là où ça coince. Et c’est au final quand les situations sont graves, sérieuses, voire désespérées, qu’une saillie jaillit comme un soulagement. Qui n’a jamais ri à un enterrement ?

Mais quelles sont les vertus que l’on accorde à l’humour ?
– il nous distrait
C’est finalement ce qu’on lui demande en premier : nous faire rire, et nous changer les idées en nous extrayant pour un court temps des affres de l’actualité.
– il évacue les tensions
L’absurde dont il est porteur, comme le rire qu’il provoque, ont des effets libérateurs. L’éclat de rire est finalement comme un bouchon de champagne qui explose, en libérant la pression qui le retenait. Reconnaissez qu’après un bon fou-rire, vous vous sentez infiniment mieux… Normal, votre cerveau a sécrété au moins cinq neurotransmetteurs : de l’acétylcholine, de la dopamine, du GABA, de la noradrénaline et de la sérotonine, et va, à terme, libérer des endorphines. Ce cocktail détonnant a des effets sur l’anxiété, le stress, le sommeil, l’appétit, la douleur, l’immunité…
– il aide à prendre du recul
Parce que l’humour déforme une situation, il en présente un autre angle, change notre regard, ce qui permet de relativiser. Parfois, cela aide à réaliser que ça n’est « pas si grave ». Il facilite le dépassement de la peur.
– il renforce l’estime de soi
Si nous avons du mal à recevoir la critique, il est plus aisé de pratiquer l’auto-dérision, comme une prise de conscience dissimulée et acceptable de nos défauts. Tous les grands hommes en étaient capables, comme un échappatoire à leur narcissisme.
– il aide à « tenir » et préserve notre humanité
L’humour noir permet d’affronter les expériences les plus difficiles. Cet humour de l’extrême est l’ultime espace de liberté dont un humain est capable. Ne dit-on pas que le rire est le propre de l’homme ? Même rabaissé ou humilié, l’humour reste son dernier sursaut de dignité.
– il participe à la compréhension du monde
Parce qu’il suppose de manier le langage et les figures de style, comme autant d’accentuations du propos (litotes, pléonasmes, hyperboles, oxymores, antiphrases…), l’humour aide à mieux appréhender et accepter ce qui est inconnu, différent ou inhabituel. Il est finalement un facteur de cohésion, qui montre d’ailleurs qu’il y a des humours « communautaires » – ou en tout cas réputés comme tels. S’il distingue et donne une identité, il aide aussi à relier les hommes. Un lecteur m’a « offert » cette phrase de Georges Wolinski : « L’humour est le plus court chemin d’un homme à un autre ».

J’ai eu le plaisir (et la joie partagée) de recevoir trois spécialistes de l’humour, dans Les Temps modernes fin novembre. Marie-France Patti, qui est psychanalyste et auteure d’un ouvrage dédié à l’humour, qu’elle considère comme « le mot de passe de la joie de vivre ». Vous découvrirez avec elle le rapport entre l’humour et les certitudes, et apprendrez (comme moi) que Freud et le Général de Gaulle avaient beaucoup d’humour. Chaunu, dessinateur de presse et caricaturiste, et Cyrille Eldin, chroniqueur à Canal Plus et spécialiste des interviews décalées de politiques, complètent ce plateau riche en anecdotes et souvenirs personnels…et désopilants. On s’est même interrogés sur la potentialité d’un humour protestant…

L’intégrale de l’émission est à écouter en podcast sur le site de Fréquence protestante.

Photo de cottonbro provenant de Pexels

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