La santé mentale au travail s’est détériorée

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Si la crise sanitaire a éprouvé les corps, elle a aussi atteint les esprits. Le contexte du travail ne fait pas exception, et pour certains les événements des deux dernières années ont fait émerger des troubles désormais récurrents.

La santé mentale au travail est une préoccupation désormais bien installée dans les entreprises, où managers et DRH traquent depuis plusieurs années les situations et comportements pouvant entrainer des risques psycho-sociaux (RPS). On range sous cette dénomination les cas de stress, burn-out et toutes les formes de harcèlements.

La crise sanitaire a obligé les entreprises-employeurs à s’inquiéter de la santé de leurs collaborateurs en priorité, au regard du risque épidémique – alors même que la santé mentale se trouvait placée au second plan. Pendant des mois, les allers-retours télétravail/présentiel ont maintenu une sorte d’écran de fumée, tardant à faire prendre conscience des déséquilibres qui avaient pu s’installer chez certains salariés, dont la santé psychologique s’est détériorée presque en silence.
Pourtant, les chiffres sont édifiants : 75% des responsables des ressources humaines déclarent avoir vu la santé mentale de leurs collaborateurs chuter. 15% des Français présentent des signes de dépression au travail, 23% un état anxieux. Les cas de burn-out ont également augmenté de manière significative. La France détient le triste record du taux de suicide le plus élevé d’Europe. Sur les 8500 décès enregistrés chaque année, 10% seraient liés au travail.
Certaines fonctions sont plus spécifiquement touchées. C’est le cas, par exemple, des fonctions financières, qui se trouveraient à 58% en détresse psychologique…et des DRH pour lesquels ce chiffre grimpe à 64% – dont 34% seraient en burn-out sévère. La faute, sans doute, aux réorganisations incessantes à mettre en place, et à leur position d’écoute « en première ligne » face à des collaborateurs eux-mêmes en difficulté. D’autres métiers ont pâti de la crise. Chez les soignants, l’anxiété et le stress (souvent liés au rapport responsabilités/enjeux durant la pandémie) prédomine, de même que la perte de sens – accentuée par un manque de moyens et un sentiment d’abandon post-Covid. 80% des soignants interrogés déclarent éprouver un sentiment d’absurdité. Ce constat amer pourrait affecter durablement la démographie de ce secteur, déjà en mal de recrutement.

Comment repérer ?
Dans la vie de tous les jours, il est parfois difficile de rattacher certains symptômes à un état qui s’installe. Pourtant, il y a des signes qui ne trompent pas, à commencer par une fatigue immense (à tel point que l’on parle désormais de « fatigue pandémique »), des troubles du sommeil durables, de l’irritabilité, voire de l’agressivité, une tendance au repli, à s’isoler, une imperméabilité aux idées des collègues, un désintérêt pour la mission…
Le travail à distance, en mode hybride ou 100% télétravail ne facilite rien. Certains salariés ont des interactions extrêmement réduites avec leurs collègues, d’autres s’isolent dans un coin de l’open-space, un casque vissé sur les oreilles. Certains sont devenus si discrets qu’ils se sont presque fait oublier…
Dans ces situations, le manager reste une bonne vigie, en ce qu’il connaît bien ses équipes (normalement) et devrait être en mesure d’observer un comportement qui change. Evidemment, ce rôle de repère n’est pas facile quand on est soi-même embarqué dans le flux du travail à faire – et encore moins à distance. C’est pour cela que les points réguliers, les rituels pour se retrouver (en vrai ou en virtuel), les échanges informels apportent du lien et entretiennent la communication. Il appartient à chacun de maintenir une vigilance à garder le contact.

Comment se faire aider ?
Santé Publique France développe depuis 2020 une étude spécifique, CoviPrev, qui suit les indicateurs de santé mentale en lien avec l’épidémie. L’agence a également coordonné la campagne « en parler, c’est déjà se soigner », car le recours à un diagnostic n’est pas aisé pour des personnes qui n’avaient aucun antécédents. Cette campagne incite les personnes concernées comme leur entourage à s’orienter vers des lieux d’écoute et des professionnels qui pourront leur apporter le meilleur soutien.
Santé Publique France a également coordonné les dispositifs d’écoute et d’accompagnement, parmi lesquels on peut citer :
– un numéro vert dédié : 0 800 130 000
– le Fil santé jeune ouvert aux 12-25 ans : 0 800 235 236
– un numéro national de prévention du suicide : 3114
– le site santé mentale info : www.psycom.org
– pour les proches, une page d’information sur la crise suicidaire

Sources :
– Santé Publique France
– INRS – santé et sécurité au travail
– Psycom
– santementale.fr
– Etude AXA – Préserver sa santé mentale – 25/01/22
– Baromètre OpinionWay/Empreinte Humaine 2021

Photo de Tim Gouw sur Unsplash

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